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David Mayebi
Le baroudeur du milieu
Membre d'une commission de la Fifa et du comité exécutif de la Fifpro, l'ancien demi défensif des Nassaras reste la cible des critiques à la Fécafoot.

Physique de boxeur, David Mayebi, est un homme de combats. Joueur de Eclair, de Stade et de Union de Douala, international civil et militaire, entraîneur de divers clubs de football au Cameroun, président de Union de Douala, président de l'Association des footballeus camerounais (Afc), vice-président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), membre de la commission du joueur à la Fédération internationale de football association (Fifa), membre du comité exécutif de la Fédération internationale des footballeurs professionnels (Fifpro), le syndicat mondial des joueurs de foot... A bientôt 51 ans, rien dans ce véritable parcours du combattant n'aura pourtant été donné à cet enfant né le 10 novembre 1954 à Nkongmondo, célèbre quartier chaud et populaire de Douala.

Sont-ce donc ses origines modestes ou ses états de service qui attirent vers lui, depuis quelques temps, cette vive animosité de certains acteurs et observateurs du football camerounais? «J'ai cultivé la patience et le silence. Je suis un travailleur, un homme de dossiers, sinon je ne serais pas resté haut cadre de banque pendant 18 ans. Mais je suis victime du fait que je suis footballeur, et que dans l'imaginaire des gens, un footballeur ne peut plus réussir rien d'autre dans la vie. Or par mes actes, je leur apporte la preuve que c'est faux», répond celui qui est devenu conseiller au bureau exécutif de la Fécafoot depuis l'assemblée générale du 30 avril dernier, après avoir été vice-président et président de la commission marketing pendant quatre ans.
Il le dit d'une voix sereine, en passant la main sur son épais menton toujours soigneusement rasé, sans se soucier outre mesure de ceux qui le voyaient déjà en prison après l'arrêt du processus électoral de la Fécafoot décidé par le gouvernement en avril 2004. Son train de vie semble destabiliser ses détracteurs: il descend au Hilton, roule en Mercedes, est tout le temps parti dans un avion. Sans désemparer, ''Keru'' rappelle: «J'ai acheté ma première moto à 17 ans!»

Footballeur comblé
A force de parler de lui hors des stades, on en vient parfois à oublier qu'il fut une pièce maîtresse, en compagnie des Joseph-Antoine Bell, François Doumbe-Léa, Eugène Ekoulé ou encore Enanga ''Zozo'', de la grande équipe de Union de Douala, championne d'Afrique en 1979 contre Hearts of Oak et en 1981 face à Stationery Stores. «Après chaque victoire en coupe d'Afrique, le chef de l'Etat donnait un jour férié aux Camerounais», se souvient Mayebi. On en vient à occulter le fait qu'il fut international camerounais, sélectionné pour le première fois en 1977 avec Paul Bahoken et Serges Tsemo, milieu défensif titulaire des Lions indomptables avant l'ascension de Aoudou et de Kundé. C'est du reste sur blessure, avant Martin Maya et Jean Manga Onguené, alors plus médiatisés, qu'il rata la dernière phase de préparation pour le Mundial 82.

Cette blessure précipita par ailleurs, une saison plus tard, la fin d'une carrière dont les meilleurs moments, en dehors des coups d'éclat des Nassaras sur la scène continentale, furent vécus également à l'équipe nationale militaires, selon lui: «Je n'oublie pas ce match éliminatoire de la Coupe du monde militaires à Yaoundé que nous gagnons difficilement contre le Mali, et c'est moi qui marque le but de la délivrance. Nous avons obtenu la qualification pour la phase finale en Syrie. Un grand moment avec notre chef de délégation, M. Kalkaba Malboum, qui était chef du Bureau central des sports des Forces armées et qui nous gâtait avec des primes élevées». A l'époque, si financièrement les militaires mettent leurs joueurs plus à l'aise, l'équipe nationale civile et l'équipe nationale militaire ne sont pas trop différentes au niveau de leurs effectifs, puisque les sportifs de haut niveau étaient astreints au service militaire. C'est ainsi qu'à la Coupe du monde militaires en Syrie, Roger Milla marque deux buts contre la France et devient la cible des tacles assassins des défenseurs adverses. Le match faillit dégénérer parce que les Camerounais, pour venger leur coéquipier, s'étaient aussi lancés dans une épreuve illimitée de crocs-en-jambe contre les Français...

La carrière de footballeur de David Mayebi est aussi marquée par ces duels au sommet Canon-Union. Comme cette finale de la Coupe du Cameroun 1983 au goût amer pour le nouveau membre de l'équipe dirigeante de la Fifpro: «Je marque le deuxième but de Union, mais Canon, emmené par mon ami Abega des grands jours, finit par l'emporter 3-2 alors que nous menions 2-0 à dix minutes de la fin». L'ancien ratisseur du milieu de terrain des Nassaras aime d'ailleurs à rappeler que le football était plus convivial à leur époque. Il raconte ainsi comment, à la veille d'une autre rencontre de Coupe du Cameroun contre Canon à Douala, il partage le même lit avec Manga Onguéné et Mbida, ce qui n'empêche pas la rivalité sportive le lendemain au stade. Une ambiance de famille qui se perpétuait en sélection, avec des encadreurs véritables pères de famille comme le ministre Félix Tonye Mbog et son directeur des sports, Issa Hayatou.

Cadre de banque
Les souvenirs de l'entraîneur et du dirigeant de club ne sont pas moins intéressants pour David Mayebi, titulaire d'un diplôme de 3ème degré d'entraîneur de football obtenu en France. Il aime ainsi rappeler qu'il fut major dans un examen pour entraîneurs nationaux, qui sera suivi d'un stage à Hennef en Allemagne. «Mon diplôme est là, co-signé par Issa Hayatou et Karl Heinz Weigang», dit-il fièrement.
La carrière de coach débute par l'équipe corporative de la Biao, avec laquelle il remporte trois titres nationaux. Toujours dans les corpos, il fait le doublé coupe-championnat avec l'équipe de Ccar. Le championnat civil sera lui aussi parsemé de lauriers. Dès la première année avec Unité de Douala, «Keru» obtient une qualification aux inter-poules. Suivra le titre de champion des inter-poules sur le banc de Electsport de Limbé, avec sous ses ordres l'international Njume Ntoko. Il fait une pige dans Diamant de Yaoundé, et dit garder de l'estime pour Claude Nzoundja, «un grand président». Retour à la case des Nassaras, où il remporte la coupe du Cameroun en 1985 avec des joueurs comme Nzepa Alassa, Roger Feutmba ou encore Emile Mbouh Mbouh déjà remarqué dans l’équipe de 1983 en coupe du Cameroun. Dans l'Union de Douala, David Mayebi aura donc tout connu, puisqu'il occupera même le feuteuil de président du club pendant un an, en 1994.

Joueur, entraîneur, dirigeant et désormais défenseur des droits des joueurs. La roue du footballeur Mayebi ne cesse de tourner. Il explique son implication au sein de l'Association des footballeurs camerounais (Afc) dont il est président depuis la création: «Après la débâcle des Lions indomptables à la World Cup 94, le ministre des Sports avait nommé Emmanuel Mvé, ancien capitaine de l'équipe nationale, président du Comité provisoire de gestion (Cpg) de la Fécafoot. Ce dernier nous avait sollicités, les autres anciens footballeurs, pour l'aider. C'est ainsi que l'idée de créer une association des joueurs nous est venue. Les camarades, et particulièrement Théophile Abega, ont estimé que j'avais le bon profil pour être président de cette nouvelle association, parce que je venais d'être président de l'Union de Douala et que j'occupais un grand poste à la banque».
A ceux qui disent qu'il a confisqué l'association, David Mayebi rappelle ce jour où, à Bamenda, en pleine tournée nationale de sensibilisation des joueurs (actifs ou retraités) sur le bien-fondé de leur association, il a été obligé de supporter seul les frais d'hôtel d'une délégation de près de cent personnes. «Depuis ce jour, je porte l'Afc dans mes bras», sourit-il.

Noir et Blancs


Devenue un puissant lobby, l'Afc réussit à faire intégrer les corps de métier (joueurs, entraîneurs, arbitres) dans les instances dirigeantes de la Fécafoot, notamment au comité central qui deviendra en 2000 conseil d'administration puis en 2005 comité exécutif. Sur le terrain, l'Afc revendique aussi le statut du joueur accepté par la fédération à l'époque de Vincent Onana, la défense des intérêts des joueurs en difficulté avec leurs utilisateurs tels que Etame Soppo, Tchatchoua, Moncharé, Aloma, Alnoudji, et même Geremi Njitap: «c'est nous qui avons déclenché le processus de désintéressement de Racing de Bafoussam, son dernier club au Cameroun, par les clubs paraguayen et turc où il a ensuite évolué», affirme le président de l'Afc.
Son ambition n'ayant jamais été prise à défaut, Mayebi a transporté son activité syndicale sur la scène internationale, au point de devenir, depuis avril 2005, le premier Cameronais et Africain membre du Board (comité exécutif) de la Fifpro. Jusqu'ici, cette instance créée en 1965 et qui compte huit membres, n'avait jamais compté de Noir dans ses rangs. Les membres du Board de la Fifpro sont issus des cinq pays fondateurs (Angleterre, France, Italie, Espagne et Pays-Bas), de l'Irlande, de l'Argentine et donc désormais du Cameroun. «J'ai pris la place d'un Portugais, élu par 49 voix sur 60 pays votants, et face à quatre adversaires, dans un scrutin uninominal. Ce n'est pas le fruit du hasard; cette victoire est le résultat des actions menées avec l'Afc et de notre implication dans la défense des intérêts de footballeurs dans le monde entier», clame encore David Mayebi. Comme naguère sur les stades, l'ancien numéro 6 sait encore récupérer les ballons et tirer de loin...

Grand compétiteur de football reconverti dans les affaires, David Mayebi a aussi un riche passé de banquier. Il aura notamment gravi tous les échelons à l'ancienne Biao Cameroun, jusqu'au poste de directeur des services.
Après son baccalauréat G2 obtenu au lycée technique commercial de Koumassi à Douala, il embrasse des études supérieures de gestion et de banque (Institut technique bancaire) en France. Au pays des Gaulois, il décroche également un diplôme en organisation des entreprises au Conservatoire des arts et métiers, un autre en analyse informatique, un autre encore dans la gestion des... immeubles à grande hauteur.
Toujours aussi fort en thème, d’autres diront grande gueule, “Keru” est marié et père de "nombreux enfants" dont l'un, actuellement au centre de formation du Fc Metz en France, voudrait faire carrière comme papa, dans le football. Un métier qui a valu à celui-ci l'une des médailles qu'il n'est pas peu fier de porter: commandeur de l'ordre de la valeur.


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